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L’Avenir pour Najac - Najac en Danger - Aperçu historique et politique

20 avril 2008

J’ai choisi Najac pour mes vieux jours parce qu’il est situé au bout du chemin: la route ne mène nulle part ailleurs.  Je croyais m’épargner un aéroport ou une autoroute, car le paysage y est très escarpé et les gorges de l’Aveyron difficiles à traverser.  Le village, bordé par la rivière, est petit, beau, bien préservé et apprécié.  J’espérais donc éviter les plus fameuses horreurs de l’urbanisme moderne, un supermarché, une fabrique de colle ou de ciment, un centre nucléaire.  Najac est l’un de ces lieux qui ont le droit de s’appeler ‘L’un des plus beaux villages de France’, et j’espérais que des intérêts publics le garderaient ainsi, en fait aussi bien qu’en titre.  J’en rêvais.  Peut-être avais-je trop d’imagination.

Un maçon de par ici m’a dit qu’il avait toujours du travail: les paysans voulaient faire couvrir de crépis leurs pierres apparentes, et les gens de la ville qui achetaient à la campagne cherchaient à les faire réapparaître.  L’esprit d’émulation est très fort.  Nous avons une idée fantaisiste de la vie des autres que nous croyons supérieure à la nôtre, et nous essayons d’adapter la nôtre à la fantaisie.  Assis là-bas dans la grande ville respirant votre dose de gaz d’échappement de tous les jours, entouré de briques et de béton, vous prétendez que nous, à la partie civilisée du monde, sommes en béatitude, entourés d’arbres, de fleurs, et de beaux vieux bâtiments.  Vous ne devriez pas oublier que le français rural aspire dans une idée de progrès aux lotissements, aux zones artisanales sinon industrielles, aux routes plus larges, et aux parkings où les mobile homes peuvent vider leurs eaux usées; tout cela en dépit du souhait de préserver l’authenticité de son pays.

Il y a ceux qui disent que cela n’avait pas d’importance jusqu’à maintenant, car le maire de Najac, Hubert Bouyssière, avait la réputation de suivre sagement une politique de laisser aller, expliquée en partie par le fait qu’il était en poste depuis 1953.  Mais se présentant de nouveau à l’age de 88 ans, il vient d’être battu par une nouvelle équipe municipale avec des vues plus radicales.

D’abord celle-ci voudrait faire augmenter la population résidente.  Leur constat est que Najac est mort.  Trop de maisons sont des résidences secondaires, vides sauf pendant les vacances scolaires.  La mise en valeur de Najac a fait augmenter le prix des maisons traditionnelles du village.  Les jeunes et les gens actifs sont partis il y a longtemps, laissant une population de vieux, aptes uniquement aux concours de tricotage ou aux longues heures à sommeiller à l’ombre.  Leur solution évidente est une zone artisanale pour attirer les gens plus actifs qui dépenseront de l’argent dans le village, et qui donc vont justifier encore une épicerie, un bureau de tabac, peut-être même une boucherie et, avec un peu de chance, un supermarché.  Ils augmenteraient le volume de taxes avec lesquelles le nouveau conseil pourrait mettre ses projets de modernisation en action.  J’ai peur qu’on doive construire des lotissements de maisons modestes; on est en train d’en construire un déjà.   C’est ainsi qu’on bouleverse l’équilibre d’un village à une vocation touristique, et fait plus de mal que de bien par excès de zèle.

le nouveau Sanvensa

Le nouveau Monteils

J’ai eu beau leur dire qu’en Angleterre on est parvenu à détruire nos belles villes comme Canterbury, Winchester, Salisbury et Chester, d’une façon plus efficace en temps de paix que les bombes allemandes ont fait pendant la guerre.  Cette obsession du ‘progrès’, liée à une puissance politique et financière, est un mélange capiteux.  Un résident de longue date m’a dit : ‘ils ne savent pas ce qu’ils ont, tu sais’.  Comme les moutons de Panurge se hâtant de se suicider, s’assurant mutuellement que ce doit être ce qu’il faudrait faire, car les autres le font aussi, ils semblent résolus à faire les mêmes erreurs que les autres.

Et soyons clairs, les autres les font.  L’esprit d’émulation est très fort.  Cordes-sur-ciel, il y a dix ans toujours beau, a construit un lotissement atroce.  Elle s’est privée de sa position distincte dans un paysage encore champêtre. Si on gâche l’écrin, on nuit au bijou.  Même plus près de nous des villages Aveyronnais perdent leur charme. Monteils construit un lotissement.  Sanvensa s’entoure de villas qui poussent plus vite que naissent des mulots.  Floirac a perdu son caractère, son aspect d’antan, en ces cinq dernières années.  Des hangars ont été construits.  Ils sont nets et propres mais ils dominent le village ; ils sont démesurés par rapport à celui-ci.  La nouvelle équipe municipale aime beaucoup les hangars et projette d’en construire quelques-uns à Najac.

Le vieux Floirac

Le nouveau Floirac – le panneau est parlant

J’espérais avoir laissé derrière moi toute cette déraison en quittant l’Angleterre, où elle a détruit presque tous les centres des vielles villes, les remplaçant par des zones commerçantes piétonnières: elles sont toutes construites dans des matériaux similaires et bas de gamme par soucis d’économie, et toujours avec le même manque d’imagination comme s’il s’agissait d’appliquer la loi de l’emmerdement maximum.

La plupart des grands sites de France sont perdus maintenant derrière les panneaux de publicité pour des supermarchés ou des chaînes de bricolage.  A Chartres, Bourges, Reims et Troyes vous trouverez facilement la ville moderne laide, mais en vain vous chercherez les charmes qui les ont rendues célèbres, et qui m’ont tellement touché il y a quarante ans.  Il reste encore en France quelques beaux villages indemnes: Conques a tenu les siècles en échec; elle a réussi où a échoué Cordes.

Le vieux Najac – ce qu’on a

 

Le nouveau Najac? – Ce qui vient? (En effet de nouvelles maisons à Villefranche-de-Rouergue)

Il y a deux idées fondamentales d’Économie qui s’adressent à ces problèmes.  Le Capitalisme et la Démocratie ont beaucoup de points forts, mais aussi des fâcheux inconvénients, et pour  bénéficier des uns il faut se protéger contre les autres:

D’abord, La Démocratie, gouvernement par le peuple, agit souvent en contradiction de la volonté de beaucoup.  L’unanimité est chose rare.  On fait la plupart du temps ce que veut faire un groupe organisé, et ce groupe organisé est souvent assez restreint.  L’élection municipale à Najac a été très serrée, mais la nouvelle équipe se donne le droit – ils diraient même le devoir – d’imposer sur nous tous leur vision d’un Najac zoné: quelque chose dont beaucoup d’entre nous ont horreur.    Le désir de normaliser, de rendre chaque village comme chaque autre village, défie toute logique.  Les gens ont des goûts différents: les uns aiment les villes industrielles, les autres préfèrent les petits villages de campagne bien tranquilles.  Si l’on transforme les petits villages de campagne pour les faire ressembler aux villes industrielles, on prive le peuple d’un choix: c’est une façon de les rendre plus pauvres.  Ceux qui ont choisi de vivre à Najac ne l’ont pas fait pour être entourés de zones artisanales, hangars et lotissements modernes.  Si la nouvelle équipe a envie de telles choses ils n’ont qu’à se délocaliser aux endroits où il y en a beaucoup: Decazeville, Carmaux, Charleville Mézières, ou Maubeuge, en laissant Najac comme il est.

Une Zone Artisanale

Ensuite, on ne doit pas oublier la contribution à notre bonheur de notre environnement, les bénéfices fournis par la nature et les endroits beaux, les choses que l’on ne paie pas mais qui ont beaucoup de valeur.  N’oublions pas ce que devraient payer les paysans pour polliniser leurs cultures, travail fait actuellement par les abeilles sans gages.  Qu’est-ce que cela coûterait d’entreprendre la tache de nettoyer l’atmosphère qu’accomplissent actuellement les arbres?  Cette contribution, selon beaucoup de savants, approche ou excède le PIB, vu par beaucoup de monde comme le critère unique de notre richesse.  Pourquoi la terre coûte si cher au Cap d’Antibes si la beauté autour de nous n’a pas de valeur économique? Nos beaux villages et notre campagne avec ses paysages sont les poumons de notre société: si on les gâche on respire moins bien.  Il est bien connu que après une intervention chirurgicale les patients se remettent d'autant plus vite s'ils voient, de leur chambre d'hôpital, la nature, et surtout de l'eau, un lac ou une rivière.  En nous rendant plus prospères nous perdons souvent ces biens publics; nous détruisons les belles choses qui nous permettent de jouir de notre prospérité matérielle.  Si l’on détruit Najac, dans trente ans on aura besoin de construire de beaux villages Aveyronnais de campagne, un peu à l’abri de la vie moderne, juste comme on construit des jardins de fleurs aux grandes villes pour retrouver la verdure d’antan qu'on avait couverte de béton.  De telles choses artificielles sont politiquement difficiles à détruire étant faites par l’homme; par contre détruire ce que nous a donné l’histoire ou la nature c’est vite fait.

Le système capitaliste, qui dépend des signaux donnés par les prix, ne peut pas bien fonctionner s’il y a des choses auxquelles on ne peut pas donner un prix exact.  Voilà le problème pour les biens publics. On ne peut pas les mettre en vente, donc on ne peut pas estimer leur valeur.  La beauté naturelle ou l’air pur ne se vendent pas, car l’on jouit de ces choses collectivement.  Elles ne peuvent pas être la propriété d’un individu.  Si quelqu’un voulait se les approprier, donc, on ne peut pas fixer le dédommagement à reverser à la collectivité.  Pour cette raison souvent il n’y a pas de dédommagement à payer.  Le vol devient facile et sans sanction pour le voleur.  La lacune dans le système capitaliste à cet égard est illustrée par le réchauffement de la planète, où le développement et la croissance économique risquent de rendre la planète inhabitable pour les petits-enfants de nos enfants.  Détruire Najac n’est pas important sur cette grande échelle, mais c’est une autre manifestation du problème.  Je n'ai rien contre les zones artisanales.  Mais ces zones sont laides et il faut les mettre aux endroits laids.  Je n'ai rien contre les vaches.  Une vache est une belle bête mais il ne faut pas l’admettre dans un jardin.

En droit pénal un accusé est supposé innocent jusqu’à ce que l’on établisse sa culpabilité.  En droit commercial concurrentiel une entreprise est supposée coupable jusqu'à ce qu’elle établisse son innocence.  Nous devrions adopter une démarche similaire envers nos sites historiques.  Chaque développement devrait être supposé nuisible jusqu'à ce qu’il se montre respectueux de la beauté du lieu.  Les dommages se font par bribes, au jour le jour.  Chaque changement est insignifiant en soi-même, mais ensemble, à travers les ans, ils anéantissent l’ambiance et le charme d’un village historique.  Pour nous protéger il faudra se montrer très catégoriques et très vigilants.  Obliger les entrepreneurs à justifier leur projet, à montrer que il ne va pas nuire à la beauté de Najac; il se pourrait alors que cette obligation les force de s’établir autre part, bien sûr.  La nouvelle équipe pourrait avoir peur des conséquences que cela pourrait engendrer, mais l’intérêt du village devrait prévaloir.

Nous devrions renforcer les atouts de Najac, son isolement dans une campagne encore verte, son site plus bas que le plateau, mais perché au dessus de la rivière, entouré de côtes boisées.  Construire une zone artisanale et des lotissements ici est un processus irrévocable, comme la mort.  Il ne faut pas que Najac devienne juste un village musée, dit la nouvelle équipe.  Mais qu’est-ce que c’est qu’un musée autre qu’un endroit où on montre son respect pour les beautés du temps passé, et reconnaît la transformation qu’elles nous apportent à l’époque moderne.  Préserver le patrimoine n’est pas très accrocheur comme promesse électorale, mais le faire prend beaucoup plus d’énergie et d’application que de construire une douzaine de zones artisanales.  J’ai peur que ce qu'ils veulent ces gens, c’est d’être célèbre localement pour ce qu’ils ont fait plutôt que pour ce qu’ils ont sauvé.  Ils vont nuire au bijou en gâchant l’écrin.

A mon avis Najac est en danger, et la nouvelle équipe devrait se concentrer à la tache très difficile de conserver ses remarquables beautés, plutôt qu’à celle, honteusement plus facile, de le rendre ordinaire et sans intérêt.

Résumé syllogistique

Il ne faut pas mettre les choses laides aux endroits beaux.

Les zones artisanales et les hangars sont laids.

Najac est beau.

Donc, il ne faut pas mettre de zones artisanales ou d’hangars à Najac.

 

Propos à tenir toujours en tête.

Si l’on gâche l’écrin, on nuit au bijou.

 

(Je n'ai aucune envie de dénaturer ni les faits ni les intentions de personne ici.  Si vous croyez que je suis dans l'erreur, ou si vous voulez réagir aux idées exprimées ici, n'hésitez pas de m'envoyer un mèl)